Histoire de vous expliquer un peu mon ressenti sur ce qui se passe en ce moment à mon boulot, je me permet un petit article "formalistique". La presse
et les médias n'en parlent pas mais le gouvernement et l'assemblée nationale ont voté hier la réduction des délais de publicité foncière de 2 mois à un mois.
En termes simples, j'avais 2 mois pour faire mon boulot, je n'en ai plus qu'un. Et encore moins.
Mes patrons étaient confiants, moi j'étais sure que la loi passerait. Parce que cette petite et méchante réforme ne touche pas les portes-monnaies des particuliers, ni de personne d'ailleurs, il met juste la pression aux formalistes de la France entière. Et les députés, ça m'étonnerait qu'ils sachent ce qu'est une formaliste, ni que ce job existe d'ailleurs (comme vous non?).
J'ai posté quelques post de colère sur Facebook mais au fond de moi, cette révolution m'a complètement foutu le moral à zéro. Jeudi dernier, lorsque je suis rentrée chez moi, j'ai carrément eclaté en sanglots. Ce délai est quasi impossible à tenir. Dans l'état actuel des choses et au vu de l'organisation de mon étude, je ne m'en sens pas capable.
Et se dire que l'on y arrivera pas c'est trés dur à accepter.
Avant même de diffuser le mail annonçant la nouvelle, l'un de mes patrons m'a gentillement téléphoné, pour me ménager. Il m'a dit qu'on trouverait des solutions, quitte à trouver une personne pour m'aider.
Dans le petit monde des formalistes, tout le monde est en ébullition. Le sujet sur le forum inafon est pris d'assaut par les formalistes en colère et apparement, peu d'études sont prêtes à embaucher pour remédier au problème. Non parce que notre service est plus ou moins autonome. La responsabilité qui est sur nos épaules est importante. On ne peut pas dire qu'on s'en fout et qui vivra verra. Non on ne peut que subir. Sur nous repose la responsabilité de déposer les actes dans les délais et que tout se passe sans problèmes. Un jour hors délai et c'est 10% de pénalités qui tombent sur le dos du client. Autant dire que sur une vente de 500000€ à 5,09% de taxes, ça peut chiffrer trés trés vite. Sans compter les éventuelles conséquences juridiques d'un dépot tardif mais je vous épargnerai les détails.
Imaginer l'embauche d'une personne avec moi est aussi difficile à avaler que la nouvelle. Peut être que j'ai un problème par rapport à ça. On m'a même dit de ravaler mon égo et d'accepter sans sourciller. Avoir une deuxième formaliste à mes cotés, certes c'est rassurant pour les délais, on peut dormir sur ses deux oreilles et partir en vacances sans stress. Mais derrière, il y a peut être un petit manque de confiance en moi. J'ai peur que cette personne prenne ma place un jour (j'ai quand même obtenu ce job par ce biais), qu'elle fasse mieux que moi et que si un jour, en temps de crise il faille se séparer d'une formaliste, je ne serais plus à l'abri ... J'ai peur ne plus être la référente de publicité foncière de l'étude, de ne plus servir à rien et de ne plus être indispensable. Et puis, psychologiquement, avouer qu'on y arrive pas c'est dur, et se faire aider c'est dur aussi. Mon deuxième problème est que je ne sais pas délèguer. Eh oui je suis une maniaque du contrôle comme on dit. J'aime avoir l'oeil sur tout. Et lorsque l'on me parle d'un dossier qui s'est signé il y a 2 ans, je saurai m'en souvenir sans problème. Partager mon boulot, hum. Non c'est pas possible. Je vais essayer d'y arriver seule.
Alors en gros qu'est ce qui m'attend ? Des heures supplémentaires, du stress, des vendredi normalement non travaillés, ou je vais devoir me lever pour assurer. Et c'est pas le tout mais il va falloir que j'y arrive moi à ce délai. Je suis en stage la semaine prochaine, et mes patrons m'ont d'ores et déja annoncé un objectif à atteindre pour le 1er octobre. En gros, il me reste 2 semaines pour l'atteindre et leur montrer que je peux y arriver seule. Oui je sais je suis con. Certains ne comprendront pas pourquoi je serais prête à me rendre malade pour mes patrons. Je ne me rendrais pas malade pour eux mais pour mon travail. Parce que ce travail c'est une véritable passion, c'est ma vie. Je suis fière de me lever chaque matin pour faire ce que je fais et pour rien au monde je ne voudrais qu'on me vole un de ces instants de vie. Même décider de délèguer l'une de mes tâches (bah oui y' a bien fallu que je lache quelque chose sinon c'était pas possible), ça me gène. Mais bon faut faire avec. Et puis si je n'y arrive pas, au 1er octobre, je serai fixée et je me ferai une raison.
En attendant, pour la première fois aujourd'hui j'ai refusé que mon medecin me mette en arrêt maladie (bah oui, comme si ça suffisait pas, j'ai chopé une gastro). Je sais pas si je peux être fière de moi sur ça mais c'est comme ça. Enfin, lundi je retrouve mes copines de formation. On va se lacher et se comprendre en bonnes formalistes. Et ca va me faire du bien de m'échapper, si je peux dire ça comme ça, - du boulot.
